Gastautor Jules Lemou: Les femmes handicapées au Togo

Erstmals werde ich einen Beitrag auf französisch veröffentlichen. Jules Lemou ist Journalist und lebt in Togo, Westafrika. Gerne möchte er Euch einen Einblick in den afrikanischen Alltag geben. Wer könnte darüber besser schreiben als ein Afrikaner? So ist diese Kooperation während meiner Reise durch Westafrika zustande gekommen. Frauen gehören in Afrika zu den schwächsten Mitgliedern der Gesellschaft. Und Frauen mit Behinderungen werden kaum wahrgenommen. Jules erste Reportage befasst sich mit ihnen, den „Femmes handicapées“.

For the first time I will post a story in French. The author is Jules Lemou. He is Journalist in Togo, West Africa. He would like to give you an insight in the daily life, the struggles and joys of Africa. Who could describe it better than an African? The cooperation with Jules emerged during my trip around West Africa in April. His contribution is about women, whom are the most vulnerable members of society. And the life of handicapped women in Africa is very difficult, because they hardly exist. In his first story Jules writes about them.

With journalist Jules Lemou in Togo, West Africa.

With journalist Jules Lemou in Togo, West Africa.

La perception communautaire togolaise sur la femme handicapée

Des millions de personnes dans le monde souffrent de déficiences physiques, mentales, psychologiques ou sensorielles. Au Togo, selon la Direction des Personnes Handicapées (DPH) et d’après le recensement général de la population de Juin 2011, ces personnes sont estimées à environ 900 000 dont 468 000 femmes. Ces „personnes handicapées ou personnes en situation de handicapes“ ont dans les principes les mêmes droits que tous les autres citoyens comme les droits à l’égalité des chances dans la société.  Mais elles se voient marginalisées par des barrières physiques  ou des comportements sociaux, qui ne leur permettent pas de participer pleinement à la vie de la communauté. Cette problématique est très perceptible lorsqu’on jette chaque jour un regard du côté de la femme handicapée.

Au Togo la loi n° 2004-005 relative à la protection sociale de la personne handicapée définit la personne handicapée comme suit : „Est considérée comme personne handicapée toute personne qui du fait d’une déficience motrice, sensorielle ou mentale, congénitale ou acquise, est dans l’incapacité d’assurer par elle-même ou partie de ses nécessités d’une vie individuelle ou sociale normale et se trouve empêchée ou limitée dans ses possibilités de jouir des même droits et de faire face aux même obligations que ses concitoyens de même âge et de même sexe“.

„Au-delà de cette définition, une double discrimination frappe certaines femmes handicapées“

Sous estimées, exclues, elles sont parfois violentées du fait de leur handicap. Si une minorité a tendance à tolérer „le mal „, la majorité en fait un total objet de rejet. Judith, sœur cadette d’une handicapée témoigne : „J’avoue que je n’approuvé pas certains fait et actes de ma sœur Jeannine. Elle est ‚mongole‘ comme on le dit ici. Elle bave et râle tout le temps. Quand elle voit une personne, elle veut la toucher. Là, elle essuie coups de pieds, injures et brimades. Au début, on l’enchaînait, mais elle a commencé à vivre  comme un chien. Les parents on décide de ne plus le faire. Elle sort et fait la ronde dans le quartier. Il arrive quelle reviennent avec des blessures.“

L1140449 (Large)La femme handicapée semble avoir perdu même le droit à la parole et ceci se révèle à travers le récit de dame Thérèse une femme devenue handicapée suite à un accident de circulation. Elle dit : „Après mon handicap, plus rien n’allait entre mes propres frères et moi. Pour ceci ou cela, on trouvait que jetais devenu grincheuse. Puis un jour on devait régler quelques problèmes au commissariat. Le papa étant vieux et ne pouvant pas s’y rendre a souhaité qu’on nomme un chef de famille pour le représenter. A la réunion, personne n’a levé le petit doigt pour se faire designer. C’est alors que mes frères se sont moqués de moi en me disant: Tu n’es même pas une personne entière pour prendre le devant des choses. Tu es audacieuse“.

La femme handicapée dans la société entre mépris et obscurantisme

Parmi les personnes handicapées, les femmes représentent une population à part et semblent d’ailleurs être plus vulnérables. En effet, elles font face à un double handicap du fait de leur état et leur condition de femme qui leur obligent à faire face à l’exclusion, la peur et aux superstitions. Il arrive que dans une situation de de conflits on lui lance : „Dieu sait avant de te créer ainsi.“ „Si Dieu t’avait permis d’être un homme complet hmmm – ou bien – Dieu sait pourquoi il n’a pas donné des cornes à l’âne.“ Ces exclusions pour le moins insultantes rendent la femme handicapée coupable de son état et suppose qu’elle doit expier jusqu’au bout ses fautes. „On pense que je suis habitée par un génie. On a souvent peur de moi et quand j’essaie de m’approcher de quelqu’un on me refoule sous prétexte que les éléphants et les crapauds ne vont pas ensemble au marigot“, raconte Honorine, une fille handicapée. Dans la société traditionnelle en général, la femme handicapée inspire une double vision paradoxale. La première est la tolérance du mal. Là nous sommes en présence d’une humanisation du handicap de la femme et la société compatit d’emblée. Elle nécessite bien d’attention et les parents prennent soin d’interdire aux enfants toute raillerie à son égard. On peut entendre par exemple : „C’est la femme qui donne la vie. Si tu te moques de celle-là, demain matin tu te retrouveras comme elle. Mais si tu lui rend service, tu auras des récompenses divines.“ Certains vont voir dans le handicap une tentation. „Soyez prudent, on ne sait jamais. C’est surement un aïeul qui est revenu sous cette forme pour nous tenter“, relaie-t-on.

Dans d’autres croyances, la femme handicapée est considérée comme un être anormal issu des forces surnaturelles. Elle ne doit pas s’approcher des divinités sous prétexte qu’elle est impure. Lors de certains rites traditionnels, on met toutes ces „impures“ en quarantaine de peur qu’elles ne souillent et ne compromettent le succès de la cérémonie.

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERALa femme handicapée: l’éducation, la formation et le mariage

Bien de parents font peu confiance au succès de leurs enfants handicapés de manière générale. Cependant, il s’avère que ceux qui ont la chance d’aller à l’école, surtout dans les écoles spécialisée, font parler d’eux positivement. Mais comme le souligne Monapake Norbert, un informaticien handicapé moteur : „Nous avons les mêmes diplômes que les hommes valides, certes. Mais ne voilons pas la face. Dans un marché d’emploi déjà saturé, on ne nous engagera pas forcement parce-que nous sommes des personnes handicapées. Il y a des postes qui ont certaines exigences et il est difficile pour un handicapé de les assumer pleinement.“

Le mariage et la procréation sont souvent hors de question pour une femme handicapée. Il est inadmissible qu’elle se marie de peur de faire perpétuer des générations de „malades“. Les hommes valides qui tentent de vivre des relations avec elles sont quelques fois lapidés verbalement.

Au sein de la même famille, on préfère soigner un garçon handicapé qu’une fille handicapée puisqu’elle aura moins de chance de se marier.

Quelques parents de filles handicapées sont souvent complexés et se culpabilisent. Dans certains cas, ils les soustraient de la vue des gens. Elles sont ainsi rejetées et privées des expériences qui font parties du développement normal de tout être humain.

Haliya, une jeune handicapée rencontrée à Agoè, se confie timidement : „Ma mère ne m’a jamais parlé de ma féminité, contrairement à mes jeunes sœurs. Quand j’évoque le problème, toutes en rient en me demandant pourquoi je me donne tant de mal. Dans mon quartier un jeune a été attiré par je ne sais quoi chez moi. Quand il a commencé par me rendre visite, ma mère et mes sœur ont tout fait pour le dissuader de ne plus me fréquenter. Depuis lors, je suis là et j’attends le jour où Dieu va me rappeler à lui.“ Nombreuse sont celles qui vivent en zone rurale où l’agriculture est la principale activité de la population. On peut en passant, leur confier des petites tâches utiles. Par exemple, surveiller le séchage  des récoltes, séparer les bons grains des mauvais. Sinon, en général, elles sont mises de côté et se sentent bonnes à rien. Dans les centres urbains où d’autres activités se substituent à l’agriculture, c’est pire. Elles recourent constamment à la mendicité pour subvenir à leurs besoins. Il n’est donc pas rare de retrouver dans les rues, des femmes handicapées entrain de quémander leur pitance suscitant pitié ou mauvaise foi des passants.

En somme, la situation de la femme handicapée est peu enviable. Isolée, maltraitée, certaines femmes handicapées pensent retrouver réconfort dans la mort. D’autres par contre  pensent qu’elles ont malgré tout quelque chose à donner à l’humanité. A titre d’exemple, dame Laurette, handicapé motrice est patronne d’un atelier de couture à Djidjolé. Elle encadre plus d’une trentaine d’apprentis et confectionne de belles tenues de soirée.

Josiane, bien qu’amputée d’un bras et d’un pied assure avec art et brio son rôle de dessinatrice à la coopérative des handicapés de Niamtougou.

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERAUn appui pour une autonomisation de la femme handicapée

Il y a quelques années, il était rare de rencontrer des femmes handicapées dans l’administration publique. Celles qui avaient la chance de se hisser se voyaient confier des tâches subalternes et mal rémunérées. Aujourd’hui, avec la promotion et la protection que le gouvernement fait à travers la Direction des Personnes Handicapées (DPH), les institutions ont un autre regard sur ces femmes.

Bien aiguillonnées, bien formées et correctement placées, elles peuvent donner le meilleur d’elles-mêmes en exécutant une grande variété de tâches, conformément aux règles en vigueur.

Selon M. Tchacondoh Mounirou, chargé d’étude des à la DPH, en 2009, lorsqu’il s’est agi de recruter les agents dans la fonction publique, la direction a œuvré pour que les femmes handicapées soient dans le lot. C’est ainsi qu’on peut dénombre une dizaine dans l’administration.

Ainsi, la femme handicapée voit ses droits de plus en plus respectés. M. Atchou Kwami, chef division de la Protection de la personne handicapée souligne que „l’actuelle loi sur la protection de la personne handicapée en cous de révision prend des dispositions spécifiques à la femme“.

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERAPour cela, la DPH mène des campagnes de sensibilisation à l’endroit de la femme handicapée elle-même ainsi qu’à l’endroit de la société. Par exemple les sages-femmes sont sensibilisées et formées sur les prestations de soins de santé de la femme handicapée.

La structure travaille également avec la société civile, notamment avec la FETAPH et les autres acteurs intervenant dans la thématique du handicap. Ensemble, ils recherchent aussi des voies et des moyens pour permettre à celles qui ne peuvent pas accéder à la fonction publique, de bénéficier des crédits pour des activités génératrices de revenu en vue de les rentre autonomes. Celles qui bénéficient des appuis techniques, des appareillages, des micro-crédits s’en sortent bien.

C’est ce que semble affirmer Jeanne Dark, coiffeuse de son état : „Si moi j’ai eu la chance de me surpasser, ce n’est pas le cas pour bien d’autres. J’ai bénéficié d’appareillages et de micro-crédit et voilà mon salon équipé. Mais il faut du temps pour convaincre la clientèle sur mon savoir-faire. Les gens pensent que comme femme handicapée, je ne suis pas compétente, mais non. Je coiffe des mariées ! Mon seul souci reste le mariage. A 42 ans, je suis encore célibataire.“

Les handicapés sont des êtres humains au même titre que les hommes valides. Mais, encore faudrait-il que les personnes handicapées se surpassent. Mme A. K., une fonctionnaire handicapé dans l’administration publique l’a compris très tôt : „Nul n’est responsable de notre situation, et il n’est point question de mendier au bord des routes. Nous avons l’intelligence, et nous pouvons travailler. Qu’on nous le permette. Nous voulons juste des appuis techniques, donnez-nous les et vous verrez. La preuve, je suis là, moi une handicapée visuelle, non dans la rue, mais au bureau et mon travail est très apprécié.“

En somme, le handicap pour la femme de nos jours n’est pas „le mal“ qu’elle porte, mais l’idée qu’elle se fait d’elle-même.

Quand l’homme comprendra qu’il est menacé d’invalidité à chaque instant de sa vie, il aura un autre regard sur les personnes handicapées en général. Un accident de circulation, cardio-vasculaire ou cérébral, l’hyper-tension, une mauvaise nouvelle, la poliomyélite, la rougeole, le glaucome, peuvent faire perdre des sens et handicaper à vie.

Enfin, la gêne que l’on ressent en voyant une femme handicapée et en lui glissant une pièce de monnaie afin de l’aider est des attitudes qui n’indiquent que quelque part, tout le monde est responsable de la situation précaire et non enviable dans laquelle vit cette femme. Que la société aimerait faire quelque chose pour corriger cette situation.

Ce n’est pas la pitié que la femme handicapée demande. Mais que la société respecte ses droits. Si en toute circonstance l’on peut déjà prendre sa défense, on rendra service à l’humanité toute entière. Ainsi, la sensibilisation, l’éducation, la formation, la réinsertion pourront venir à bout et renverser cette tendance.

Monsieur M. Ayassou, chef division de la promotion de la personne handicapée, exhorte alors la femme handicapée „à accepter son mal, le minimiser et le surclasser. Qu’elle sache qu’elle a quelque chose à donner à l’humanité. Elle doit s’efforcer de militer dans des associations pour revendiquer ses droits et le tour sera joué.“

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